Guide — chiffres vérifiés le 31 juillet 2026

Quitter la micro : réel, EURL ou SASU ?

La réponse courte : tant que tes charges restent légères, reste en micro-entreprise. Le jour où elles dépassent durablement l'abattement de 34 %, le régime réel en entreprise individuelle est presque toujours la bonne première marche — pas la société.

La société devient intéressante pour autre chose : piloter ta rémunération face à l'impôt sur les sociétés, obtenir une vraie protection sociale, ou t'associer. Pas pour « payer moins », ce qui est souvent faux.

Les repères 2026

  • Plafond micro-BNC83 600 €
  • Abattement micro à battre34 % du CA
  • Impôt sur les sociétés15 % puis 25 %
  • Seuil du taux réduit d'IS42 500 €
  • Flat tax sur les dividendes31,4 %
  • Comptable, par an1 000 à 3 000 €

Les quatre signaux qui doivent te faire calculer

Aucun ne t'oblige à changer. Chacun veut dire qu'il est temps de sortir la calculette, et sans doute d'aller voir un comptable une heure.

Tes charges dépassent durablement 34 % de ton CA

C'est le signal numéro un, et de loin. L'abattement micro décide que tes frais font 34 % de tes encaissements. Si ta location de chaise en prend 40 %, tu paies des cotisations et de l'impôt sur de l'argent qui n'a jamais été à toi. Un an de décalage, ça passe. Trois ans, ça coûte des milliers d'euros.

Tu approches 83 600 €

Le plafond micro-BNC. On n'en sort qu'après deux années consécutives de dépassement, mais autant préparer la bascule plutôt que la découvrir. À ce niveau de chiffre d'affaires, le régime réel est presque toujours gagnant de toute façon.

Tu investis, tu embauches, tu ouvres

Un local, un fauteuil supplémentaire, du matériel lourd, un apprenti : la micro ne sait rien amortir, rien déduire, et te fait payer des cotisations sur un chiffre d'affaires que l'investissement a mangé. Le réel et la société sont faits pour ça.

Ta protection sociale te pose problème

Indemnités journalières faibles, retraite qui se construit mal : la micro protège peu. Une SASU te met au régime général, avec de meilleures indemnités et une retraite de salarié. Ça se paie cher en cotisations — mais pour certains, c'est le point qui décide.

Les trois options, côte à côte

Pour un tatoueur qui travaille seul, tout se joue entre ces trois-là.

EI au réelEURLSASU
Ce que c'estTon entreprise individuelle, sans changement de structure — seul le régime fiscal change.Une société à part entière, avec un associé unique : toi.Une société par actions simplifiée, avec un actionnaire unique : toi.
Régime socialTravailleur indépendant (TNS), cotisations sur le bénéfice.TNS aussi, cotisations sur ta rémunération. Très proche de l'EI au réel.Assimilé salarié : régime général, cotisations bien plus lourdes.
Imposition des bénéficesImpôt sur le revenu, sur ton bénéfice après cotisations.IR par défaut, IS sur option (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).IS par défaut (15 % puis 25 %), IR sur option pendant 5 ans maximum.
Protection socialeCorrecte, sans plus. Indemnités journalières limitées.Identique à l'EI au réel.La meilleure des trois — mais pas de droit au chômage pour autant.
Paperasse et coûtComptabilité complète, comptable quasi obligatoire. Pas de création de société.Statuts, capital, dépôt des comptes, assemblée annuelle.Idem EURL, avec des bulletins de paie en plus.
Ça vaut le coup si…Tu tatoues seul avec de vraies charges et tu veux rester simple.Tu veux une société tout en gardant les cotisations TNS.Tu privilégies la protection sociale, ou tu prévois de faire entrer quelqu'un.

Une nuance que les comparatifs oublient : en EURL comme en SASU à l'IS, tu peux choisir de laisser une partie du résultat dans la société, imposée à 15 % jusqu'à 42 500 €, et de la sortir plus tard en dividendes — taxés à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. Bien réglé, ce partage rémunération / dividendes est le vrai levier d'une société. Mal réglé, il coûte plus cher que la micro. C'est exactement le genre d'arbitrage qu'on ne fait pas seul.

Les erreurs qu'on voit le plus

  • Changer de statut sur les conseils d'un confrère : ses charges, ses revenus et sa situation familiale ne sont pas les tiens. Le même chiffre d'affaires peut donner des réponses opposées.
  • Oublier le coût du changement : comptable, création de société, temps passé. Un gain de 800 € par an ne paie pas 1 800 € de frais supplémentaires.
  • Croire que la société fait automatiquement payer moins. Si tu sors tout en rémunération, une SASU coûte plus cher qu'une micro à charges légères — c'est arithmétique.
  • Monter une société pour « faire sérieux » vis-à-vis des clients. Aucun client ne t'a jamais demandé ta forme juridique avant de se faire tatouer.
  • Se lancer sans anticiper la TVA : au-delà de 37 500 € de CA, elle arrive de toute façon, et elle change le calcul plus que le statut lui-même.

Comment décider pour de vrai

  1. Connais tes chiffres. Ton chiffre d'affaires encaissé de l'année, et le total réel de tes charges. Sans ces deux nombres, aucune discussion sur le statut n'a de sens.
  2. Simule. Le simulateur te donne l'ordre de grandeur de l'écart entre les statuts, TVA comprise, et te dit si l'écart est significatif ou dans la marge d'erreur.
  3. Fais valider. Si l'écart dépasse un ou deux milliers d'euros par an, une heure de comptable est largement rentable — il verra ta situation familiale, tes projets et tes options fiscales.
  4. Change au bon moment. Le 1er janvier est généralement le point de bascule le plus propre, comptablement comme fiscalement.

le-tattoo.app tient ton chiffre d'affaires à jour — de quoi arriver chez ton comptable avec de vrais chiffres.

Questions fréquentes

Quand un tatoueur doit-il quitter la micro-entreprise ?

Deux signaux principaux. D'abord quand ses charges réelles dépassent durablement l'abattement forfaitaire de 34 % du chiffre d'affaires : location de chaise à 40 %, loyer d'un local, matériel lourd. Ensuite quand son chiffre d'affaires approche le plafond de 83 600 €, dont on ne sort qu'après deux années consécutives de dépassement. Dans les deux cas, il faut chiffrer avant de bouger : le régime réel impose un comptable, ce qui mange une partie du gain.

EURL ou SASU pour un tatoueur ?

La différence tient au statut du dirigeant. En EURL, tu es travailleur non salarié : cotisations plus légères, protection sociale moyenne. En SASU, tu es assimilé salarié : régime général, meilleures indemnités journalières et retraite de salarié, mais des cotisations nettement plus lourdes — de l'ordre de 82 % de ta rémunération nette. Pour un tatoueur seul qui sort tout son résultat en rémunération, l'EURL coûte moins cher ; la SASU s'achète pour sa protection.

Faut-il créer une société ou juste passer au régime réel ?

Passer au régime réel en entreprise individuelle est de loin le plus simple : ta structure ne change pas, tu déduis tes vraies charges, et depuis 2022 ton patrimoine personnel est protégé par le statut unique de l'entrepreneur individuel. La société n'apporte un vrai plus que si tu veux piloter ta rémunération face à l'IS, faire entrer un associé, ou obtenir la protection sociale d'un salarié.

Combien coûte un comptable pour un tatoueur ?

Compte de l'ordre de 1 000 à 2 000 € par an pour une entreprise individuelle au réel, et plutôt 1 500 à 3 000 € pour une société — dépôt des comptes et bulletins de paie compris. C'est une dépense déductible, mais c'est de l'argent qui sort : elle doit être intégrée au calcul avant de conclure qu'un statut est plus avantageux.

Peut-on revenir en micro-entreprise après être passé au réel ?

Oui, si ton chiffre d'affaires respecte les seuils du régime micro. Mais l'aller-retour a un coût administratif et comptable, et certaines options fiscales engagent sur plusieurs années. Ce n'est pas une décision à prendre deux fois : d'où l'intérêt de simuler sérieusement avant de basculer.

À lire ensuite : le simulateur de charges · le statut juridique du tatoueur · la TVA du tatoueur · tous les guides

Ces informations sont données à titre général, à jour au 31 juillet 2026. Les taux d'IS, la flat tax et les barèmes de cotisations changent à chaque loi de finances. Elles ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique : pour ta situation précise, rapproche-toi d'un comptable.

Sources officielles : service-public.fr — Impôt sur les sociétés · service-public.fr — Micro-entrepreneur : seuils et régime · URSSAF — Réforme de l'assiette sociale des indépendants · Bpifrance Création — Tatouage et perçage